Renforcement de la cohésion sociale, et gestion des dynamiques migratoires dans l'Alibori : une centaine de leaders outillés.

Dans un contexte régional marqué par la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel et la fermeture de la frontière entre le Bénin, le Burkina-Faso et le Niger depuis juillet 2023, les communes frontalières de Banikoara et de Malanville font face à une intensification des flux migratoires. L’arrivée accrue de migrants, de réfugiés et de personnes déplacées internes (PDI) exerce une pression croissante sur les mécanismes locaux de gouvernance, de cohésion sociale et d’accès aux services sociaux de base.

Pour répondre à ces défis, DEDRAS ONG, à travers le projet « d’Appui à la protection et autonomisation des migrants et des populations transfrontalières », a organisé du 10 au 13 février 2026 deux ateliers communaux de renforcement des capacités des populations locales/leaders communautaires et religieux, élus locaux sur les droits et devoirs des migrants et déplacés dans les communes de Banikoara et de Malanville. Exécuté par DEDRAS ONG au Bénin, ce projet sous-régional est porté par la CEDEAO et mis en œuvre avec l’appui technique de l’Organisation Internationale pour la Migration (OIM) grâce au soutien financier de l’Union européenne (UE).

Une approche stratégique pour prévenir les tensions et renforcer la résilience sociale

Au total, 100 acteurs clés, leaders communautaires et religieux, élus locaux, représentants des populations locales et personnes déplacées, ont été formés sur les droits et devoirs des migrants, personnes déplacées et communautés hôtes, les cadres juridiques nationaux et internationaux, les mécanismes de protection et d’orientation vers les services sociaux de base, ainsi que sur les techniques de prévention et de gestion pacifique des conflits.

Les ateliers ont été facilités par Monsieur Eric Togbe, consultant formateur et Chef service des affaires humanitaires à l’Agence Béninoise de Protection Civile (ABPC), sous la coordination de Abel Borori, Directeur du Projet. L’approche participative adoptée a privilégié les études de cas, les travaux de groupe et les échanges d’expériences contextualisés aux réalités de l’Alibori.

Les participants ont été accompagnés dans la compréhension des concepts clés liés à la migration et au déplacement forcé, tout en explorant les réalités locales des déplacés internes et des réfugiés, ainsi que les cadres juridiques et institutionnels nationaux, régionaux et internationaux encadrant leurs droits et devoirs. Les échanges ont également porté sur les impacts sociaux et communautaires de la migration sur la cohésion sociale, les ressources locales et la gouvernance. Des études de cas ont permis d’analyser des situations concrètes de cohabitation et de conflits. L’atelier a ensuite abordé les responsabilités des migrants, déplacés et communautés hôtes, ainsi que le rôle des leaders et élus locaux dans la médiation, le dialogue et la prévention des conflits. Les participants ont élaboré des messages de sensibilisation et des plans d’action communautaires. L’atelier s’est conclu par la restitution des travaux, des recommandations et la formalisation des engagements pour la protection des droits humains et la promotion du vivre-ensemble, offrant ainsi un cadre d’échanges constructifs et renforçant la capacité des acteurs locaux à accompagner les migrants et déplacés dans le respect de leurs droits.

Les leaders religieux, piliers de la cohésion sociale

A Malanville comme à Banikoara les participants ressortent avec une prise de conscience plus effective. « Dans nos communautés, nous avons la responsabilité morale de rappeler que la dignité humaine ne dépend ni de l’origine ni du statut. Migrant ou autochtone, chaque personne mérite respect, protection et considération. » affirme, le Père Adam Nabissiékou, curé de Malanville.

L’Imam central de Malanville, Oumarou Ibrahim Moustapha, a quant-à lui affirmé : « Nos prêches doivent devenir des espaces de sensibilisation à la paix, à la solidarité et à l’acceptation. Cette formation nous donne des outils concrets pour prévenir les tensions et promouvoir la cohésion sociale.»

Tankoano Yempabou Moussa, représentant des réfugiés de Banikoara, ajoutera que : « Cette formation renforce la confiance entre populations hôtes et migrants. Nous nous sentons considérés comme des acteurs à part entière et non seulement comme des bénéficiaires. Nous allons une fois en communauté faire une restitution et inviter nos pairs à mieux respecter nos devoirs pour mieux jouir de nos droits. »

Un engagement durable pour l’inclusion et la paix

En renforçant les capacités des leaders communautaires, religieux et élus locaux, DEDRAS ONG contribue à améliorer la gouvernance locale de la migration, à consolider la cohésion sociale et à promouvoir un environnement inclusif et respectueux des droits humains dans les communes de Banikoara et de Malanville. La cohésion sociale ne se décrète pas : elle se construit par la connaissance, la responsabilité partagée et l’engagement collectif.

Un bilan positif et des perspectives prometteuses :

Pour Abel Borori, Directeur du Projet, le bilan est positif, l’engagement des acteurs et leur présence prouvent que nous pouvons véritablement compter sur le respect de leur engagement. « Nous avons eu au-delà des 100 personnes attendues et la qualité de la formation a été très appréciée. Le contenu était riche, pratique et le facilitateur a su retenir l’attention de tous. Les participants ont désormais des connaissances approfondies sur les droits et devoirs des migrants et des communautés hôtes », précise-t-il.

En termes de perspectives, l’équipe compte à présent se rapprocher plus des cibles avec l’appui des leaders renforcés pour organiser des séances de sensibilisation dans les localités afin de faire passer le message. Cela confirme l’ambition de DEDRAS de bâtir des communautés plus résilientes, mieux informées et engagées dans la promotion des droits, de la responsabilité partagée et du vivre-ensemble durable face aux défis migratoires en Afrique de l’Ouest.