Tanguiéta et Matéri : cent vingt catalyseurs communautaires pour prévenir les catastrophes
Marché, place publique, point d’eau, sortie de messe ou de prière : à Tanguiéta et Matéri, cent vingt catalyseurs communautaires ont fait de chaque rassemblement du village une tribune contre les catastrophes. Un dispositif rendu possible grâce au financement de la Direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire de l’Union européenne (ECHO), porté par CARE International et mis en œuvre sur le terrain par DEDRAS-ONG.
Il n’y a pas si longtemps, à Bourigninssou, un village de la commune de Tanguiéta, on pensait que les inondations et les vents violents étaient la colère des divinités. Aujourd’hui, les habitants savent que ce sont souvent leurs propres pratiques déboisement, cultures aux abords des cours d’eau, obstruction des couloirs naturels qui aggravent ces phénomènes. Ce changement de regard est le fruit d’un projet porté par CARE International, intitulé « Renforcer la résilience dans le nord du Bénin grâce à une préparation inclusive aux catastrophes », mis en œuvre sur le terrain par DEDRAS-ONG, avec l’appui financier de la Direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire de l’Union européenne (ECHO).
Des messages là où bat le pouls du village
Ils sont cent vingt, formés et déployés dans vingt villages des communes de Tanguiéta et Matéri. Les catalyseurs communautaires ne siègent pas derrière un pupitre : ils vont vers les gens, là où la vie du village se joue vraiment. Jour de marché, place publique, abords du point d’eau, devant l’école ou à la sortie du lieu de culte chaque rassemblement devient une occasion de glisser un message sur les risques de catastrophes, la protection de l’environnement ou la cohésion sociale. Une manière de toucher tout le monde, sans distinction d’âge ni de disponibilité, et de rendre la prévention aussi familière qu’une conversation de tous les jours.
« Le projet qui est venu ici, chez nous à Bourigninssou, a formé des catalyseurs qui vivent avec nous et qui nous sensibilisent sur les changements climatiques, les vents violents, l’inondation, et sur la façon d’entretenir notre environnement », raconte Daposka Gnammi, cultivateur. « Nous pensions que c’était Dieu qui était en colère contre nous. Aujourd’hui, grâce à ces sensibilisations, nous savons que c’est nous-mêmes qui créons ces effets-là. »
Planter des arbres pour calmer le vent
La reforestation est devenue le symbole visible de ce sursaut collectif. À Bourigninssou, cent (100) plants ont été mis en terre sur un demi-hectare pour freiner les vents violents. « C’est le projet CARE Bénin Togo qui nous a aidés avec ces arbres », précise Dieudonné Tchansi, l’un des six catalyseurs du village. « Le jour où on a donné les plants pour le reboisement, la population est sortie massivement pour planter. » À Matéri, l’élan est plus large encore : mille quatre cent cinquante (1 450) plants, répartis selon une logique précise : mille (1 000) plants forestiers non fruitiers, destinés à la création, dans chacun des dix villages d’intervention, d’une forêt communautaire d’un demi-hectare et quatre cent cinquante (450) plants fruitiers, remis aux douze membres de la plateforme locale de chaque village pour qu’ils les installent dans la cour de leur domicile et en assurent eux-mêmes l’entretien. Cette double vocation résume l’esprit de l’initiative : freiner, par le couvert forestier, les effets des vents violents qui emportent toitures et récoltes, tout en ouvrant aux membres des plateformes une source de revenu supplémentaire à travers la production fruitière à venir.
La cohésion sociale, elle aussi, se cultive
Au-delà de l’environnement, les catalyseurs abordent la courtoisie, le dialogue et la lutte contre les violences basées sur le genre. « Cette sensibilisation nous a permis d’éviter les bagarres et les violences entre maris et femmes, parce qu’ils savent désormais qu’une dénonciation est possible auprès du Guichet de Protection Sociale », témoigne Afia Gnammi, ménagère à Bourigninssou. Rémi Brika, catalyseur, résume la mission ainsi : « Nous sommes censés recenser et mobiliser nos parents sur les catastrophes naturelles sécheresse, inondations, vents violents et sur les conflits entre éleveurs et agriculteurs. »
Un accompagnement suivi de près
Pour garantir la qualité de ces échanges, DEDRAS-ONG organise un suivi trimestriel des catalyseurs, complété par des supervisions de terrain. « Notre rôle, c’est de jouer la facilitation pour une meilleure résilience des communautés », explique Rodrigue Sanga, facilitateur-animateur à DEDRAS-ONG. Il cite un résultat marquant : les membres des plateformes locales de réduction des risques, formés à l’évaluation rapide des besoins, ont pu mobiliser leurs acquis lors de la récente attaque de Porga, en recensant les personnes déplacées pour mieux orienter l’assistance.
À travers ces dialogues communautaires et ce suivi rapproché, CARE International et DEDRAS-ONG posent, village après village, les bases d’une résilience qui ne dépend plus seulement de l’aide extérieure, mais de la capacité des populations elles-mêmes à anticiper, s’organiser et se protéger.




