MIGRATION · PROTECTION SOCIALE

 

À Kandi, des chiffres pour mieux protéger ceux qui ont tout quitté

DEDRAS ONG a réuni à Kandi les acteurs de terrain pour valider des données sur les migrants et déplacés de l’Alibori. L’objectif : orienter des actions concrètes vers les personnes les plus vulnérables. 

Ils ont fui la violence au Sahel, traversé des frontières fermées, et trouvé refuge dans des communes de l’Alibori qui n’étaient pas préparées à les accueillir. Mais combien sont-ils réellement ? D’où viennent-ils ? Et surtout, de quoi ont-ils besoin pour survivre et se reconstruire ?

C’est pour répondre à ces questions que DEDRAS ONG a organisé, le jeudi 2 avril 2026 à Kandi, un atelier de validation des données sur les migrants et les personnes déplacées internes (PDI).

Une région sous pression depuis 2023

Depuis la fermeture des frontières entre le Bénin, le Burkina Faso et le Niger en juillet 2023, les communes de Banikoara, Malanville et Kandi font face à une arrivée croissante de populations fuyant l’insécurité dans le Sahel. Cette situation exerce une pression importante sur les infrastructures sociales de base, notamment les écoles, les centres de santé, les marchés et les ressources en eau.

Pour les acteurs humanitaires, une réponse efficace passe d’abord par une bonne connaissance des réalités. L’atelier s’inscrit ainsi dans une logique claire : identifier avec précision les populations les plus vulnérables afin de mieux orienter les interventions.

Des profils variés selon les communes

Les données présentées lors de l’atelier révèlent des différences importantes selon les localités.

À Malanville, les déplacés proviennent d’origines diverses. Un peu plus d’un tiers, soit 37,5 %, viennent du Nigéria. Ils sont suivis de près par des personnes originaires de Karimama, qui représentent 35,4 % des déplacés recensés. Les migrants venus du Niger constituent 16,7 %, tandis que ceux en provenance du Burkina Faso représentent une part plus faible, estimée à 6,3 %.

À Banikoara, la situation est nettement différente. La grande majorité des déplacés, soit 70,8 %, vient du Burkina Faso. Les ressortissants du Niger représentent quant à eux 11,8 % des personnes recensées.

Ces variations montrent que les réalités migratoires diffèrent fortement d’une commune à une autre. Elles impliquent des besoins spécifiques, notamment en matière de langue, d’intégration sociale et d’accès aux services. Une réponse uniforme ne serait donc ni efficace ni adaptée.

La faim, une réalité quotidienne

Au-delà des origines géographiques, les données mettent en lumière une situation alimentaire préoccupante, en particulier dans la commune de Banikoara.

Près de 5 % des ménages déclarent dormir régulièrement sans avoir trouvé de repas. Par ailleurs, environ un tiers des familles interrogées ne consomme qu’un seul repas par jour, révélant une forte insécurité alimentaire.

En comparaison, seulement 42,7 % des ménages atteignent les trois repas quotidiens recommandés. Ces chiffres, issus du recensement FMM 2 réalisé en 2026 par DEDRAS ONG, confirment l’urgence d’une intervention ciblée.

Pour les acteurs présents à l’atelier, il devient indispensable de renforcer les activités génératrices de revenus afin de permettre aux ménages les plus vulnérables de retrouver une certaine autonomie alimentaire.

Définir les priorités d’intervention

L’atelier n’a pas seulement servi à présenter des données. Il a également permis aux participants de travailler concrètement sur les critères d’identification des bénéficiaires des aides.

Représentants des Directions départementales de la planification, chefs d’arrondissement et responsables des Guichets uniques de protection sociale (GUPS) ont été mobilisés pour définir des indicateurs clairs permettant de cibler les personnes les plus vulnérables.

Ils ont également relevé certaines limites dans la collecte des données et formulé des recommandations pour améliorer les prochains recensements. Un travail technique, mais essentiel pour garantir l’efficacité et l’équité des interventions futures.

Des outils concrets pour mieux accompagner

La rencontre s’est achevée par la remise d’imprimantes aux GUPS des communes concernées. Ces structures, en première ligne dans l’accueil et l’accompagnement des déplacés, manquent souvent d’équipements de base.

Pour ces guichets, qui enregistrent les bénéficiaires et délivrent des documents administratifs, une imprimante représente un outil indispensable au bon fonctionnement des services.

Le chef de Guichet unique de protection sociale (GUPS) de Banikoara, Luc Tovignon n’a pas manqué d’exprimer sa profonde gratitude envers DEDRAS ONG. « Nous ne pouvons que dire merci à DEDRAS ONG pour son soutien continue. Cette dotation est la bienvenue car elle vient nous soulager. Je tiens à les remercier sincèrement pour leur appui à la communauté en général et au GUPS en particulier » déclare-t-il.

Un projet régional structurant

Cet atelier s’inscrit dans le cadre du projet régional d’appui à la protection et à l’autonomisation des migrants et des populations transfrontalières (FMM 2). Ce programme est porté par la CEDEAO, financé par l’Union européenne et mis en œuvre au Bénin par DEDRAS ONG avec l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). C’est une activité saluée de tous compte tenu de son importance. Selon Adam Bachirou, Chef d’Arrondissement de Sompérékou dans la commune de Banikoara, « la qualité des présentations et les résultats sont vraiment satisfaisants. Il ne fait aucun doute qu’un travail minutieux a été fait sur le terrain ». L’objectif est de renforcer la protection des migrants, améliorer la gouvernance locale de la migration et favoriser l’insertion économique des populations migrantes et des communautés hôtes dans les zones frontalières.

Des données pour orienter l’action

Les données validées à Kandi serviront désormais de base pour orienter les actions en faveur des populations les plus vulnérables. Elles permettront également d’identifier les besoins encore non couverts et d’ajuster les interventions au plus près des réalités du terrain.

Pour DEDRAS ONG, cette démarche repose sur une conviction forte : une action efficace commence toujours par une bonne compréhension des réalités. Derrière les chiffres, ce sont des vies humaines qu’il s’agit de protéger, accompagner et reconstruire.