À Parakou, le Borgou et l'Alibori préparent l'après-PRO-RePEM pour l'Observatoire de l'Éducation
Maires, autorités préfectorales et société civile se sont retrouvés mardi 28 juillet 2026 pour un même objectif : garantir que la veille citoyenne en éducation survive au projet qui l’a fait naître.
Le Forum départemental des partenaires de l’Observatoire de l’Éducation (OE), zone Borgou-Alibori, s’est tenu à Parakou ce mardi 28 juillet 2026. Autour de la table : maires, directeurs départementaux, partenaires techniques et financiers, présidents d’Observatoires communaux et départementaux. Tous répondaient à la même invitation, lancée par le Consortium DEDRAS-ONG et Social Watch Bénin dans le cadre du Projet de Renforcement des OSC pour la Redevabilité des Politiques Éducatives et leur Mise en Œuvre (PRO-RePEM), financé par le Partenariat Mondial pour l’Éducation via le Fonds Education Out Loud : réfléchir ensemble à ce que deviendra la veille citoyenne en éducation quand le projet cessera de la financer.
Trois voix pour ouvrir la journée
Le Coordonnateur National de DEDRAS-ONG, Jean Kpétéré, a ouvert le bal par un mot de bienvenue. Il a rappelé que le PRO-RePEM, à l’œuvre depuis avril 2022 sur les douze départements et les soixante-dix-sept (77) communes du pays, a permis de porter le nombre d’Observatoires Communaux de l’Éducation de dix-sept à soixante-dix-sept, soit une couverture communale intégrale, tout en installant douze Observatoires Départementaux. Le projet arrivant à son terme en décembre 2026, la rencontre devait servir, selon ses mots, « à vous présenter le bilan et la valeur ajoutée de l’Observatoire, à identifier avec vous les relais financiers et institutionnels disponibles au niveau local, et à recueillir vos intentions d’accompagnement pour la période post-2026 ». Il a profité de l’occasion pour saluer l’engagement des membres de l’OE et de ses démembrements, qui se sont approprié les outils de la veille citoyenne, souvent bénévolement.
Après lui, c’est le représentant de l’Observatoire de l’Éducation, Johson Mahoudi qui a pris la parole, sur un ton plus offensif. Pour lui, la question de la durabilité ne se négocie pas : « Les efforts consentis ne doivent pas s’éteindre avec la fin d’un projet, ils doivent être portés, renforcés et institutionnalisés », a-t-il lancé, avant d’appeler les partenaires présents à un « engagement technique et financier », sans lequel l’Observatoire ne pourra pas continuer à jouer son rôle de catalyseur de politiques inclusives. Le droit à l’éducation, a-t-il insisté, « n’est pas une faveur, mais un droit fondamental », et ce forum, un « appel à l’action collective ».
Restait à donner un caractère officiel à l’ouverture. C’est le Secrétaire Général de la Préfecture du Borgou, Sanni Bio Bayé, qui s’en est chargé, en représentant les Préfets du Borgou et de l’Alibori, tous deux absents ce jour-là. Il a prononcé le discours d’ouverture et déclaré le forum ouvert, non sans rappeler ce que l’Observatoire n’est pas : « Ce n’est pas un dispositif de suspicion ; c’est un dispositif de partenariat », qui « ne se substitue pas à l’administration », mais « l’éclaire ». Aux maires présents dans la salle, il a suggéré une piste concrète : trouver, dans leurs budgets communaux ou dans les ressources du FADeC, « une ligne dédiée au fonctionnement de la veille citoyenne de l’éducation » sur leur territoire. Il a terminé en prenant, au nom des deux préfectures, l’engagement de suivre de près la feuille de route de transition attendue à l’issue des travaux.
Au Borgou, l’eau courante et des écoles rouvertes
Les discours passés, place aux chiffres et aux histoires de terrain. Le président de l’ODE Borgou, Antoine Yaï, a ouvert cette séquence avec un état des lieux du département : huit cent vingt-quatre (824) écoles couvertes par l’Observatoire, cinq mille neuf cent soixante-dix-neuf (5 979) enseignants, un taux de scolarisation de cent six pour cent (106 %) et un taux d’achèvement de cinquante-deux virgule cinquante-neuf pour cent (52,59 %).
Trois exemples ont particulièrement retenu l’attention de la salle. À Kpassagambou, dans la commune de Parakou, des écoles à cantine restaient privées d’eau courante ; un plaidoyer né des dialogues communaux a débouché sur la remise effective des compteurs de la SONEB, avec des points d’eau désormais programmés à Kokoma et à Béyérou, et des résultats comparables obtenus à Bembèrèkè et à Nikki. À Sinendé, c’est le centre de composition du CEP de Sikki qui menaçait de perdre sa vocation ; des cours de rattrapage organisés pour les élèves de CM1 ont permis de faire passer le nombre de candidats de cent cinquante-huit (158) en 2022 à trois cents (300) l’année suivante. À Tchaourou enfin, une école non autorisée a été fermée à Gbéyékérou pendant que l’école régulière du même village rouvrait ses portes, avec des situations similaires réglées à Kalalé et à Pèrèrè. « Ce sont des résultats obtenus grâce à un plaidoyer fondé sur des besoins réels », a résumé Antoine Yaï, avant de plaider pour que ces partenariats se poursuivent au-delà du projet.
À l’Alibori, des toits réparés en deux mois au lieu d’un an
Le Borgou avait ouvert la voie ; l’Alibori n’a pas manqué de faire valoir ses propres avancées. Le président de l’ODE, Alidou Gounou, a situé son département : sept cent soixante-quatre (764) écoles suivies par l’Observatoire, deux mille huit cent soixante (2 860) enseignants mobilisés, un taux de scolarisation de soixante-dix-neuf virgule soixante-dix-neuf pour cent (79,79 %) et un taux d’achèvement de trente-huit virgule quatre-vingt-cinq pour cent (38,85 %).
C’est à Banikoara que le résultat a le plus marqué les esprits. Chaque rentrée, une vingtaine d’écoles s’y retrouvaient décoiffées faute d’entretien. Grâce au plaidoyer mené auprès des autorités communales, la commune s’est dotée d’un mécanisme qui a fait passer le délai de réparation d’un an à deux mois : l’ambition affichée étant désormais zéro école décoiffée à chaque rentrée. Le même travail de plaidoyer a permis de sécuriser les domaines scolaires : le nombre d’arrêtés d’affectation délivrés à Banikoara est passé de trente-quatre (34) en 2023 à quatre-vingt-deux (82) en 2025, et le nombre d’écoles balisées de zéro à trente et une (31). Alidou Gounou a aussi raconté le cas des enseignants du CEG Sompérékou, longtemps contraints de vivre à plus de vingt kilomètres de leur poste faute de logement : un seul domicile de directeur y existait avant 2023, contre huit aujourd’hui, un accompagnement qui a fait passer le taux moyen de réussite aux examens de ces établissements de quarante-cinq à soixante pour cent (45 % à 60 %). Il n’a cependant pas caché les limites du dispositif, pointant l’insuffisance des moyens financiers qui continue de brider l’action des observatoires communaux.
« Nous ne pouvons pas laisser retomber cet acquis » : les maires s’engagent
Ces résultats, plusieurs élus locaux les ont pris comme argument pour s’engager publiquement. Un à un, maires et représentants de mairies ont affirmé que le soutien aux Observatoires Communaux de l’Éducation ne s’arrêterait pas avec la fin du projet. Le maire de Kalalé a été l’un des plus directs : « Ce que l’OCE a permis de rétablir dans nos écoles n’a pas de prix ; nous ne pouvons pas laisser retomber cet acquis à la fin du projet. Je m’engage, au nom de ma commune, à inscrire une ligne budgétaire pour accompagner notre Observatoire communal et à rester à ses côtés dans son travail de veille », a-t-il déclaré. D’autres élus ont pris le même engagement à sa suite, chacun rappelant que l’éducation reste une priorité pour leurs administrations.




