Education à Natitingou : la course contre la montre pour ancrer la veille citoyenne

À moins de six mois de la clôture du projet PRO-RePEM, prévue le 31 décembre prochain, les acteurs de l’éducation se sont réunis à Natitingou pour dresser le bilan des observatoires de l’éducation au Bénin. Au-delà des chiffres, l’enjeu de la rencontre était ailleurs : éviter que ce mécanisme de veille citoyenne ne s’éteigne avec le départ des partenaires internationaux. Maires, acteurs du système éducatif, organisations de la société civile et autorités préfectorales de l’Atacora et de la Donga ont posé, ensemble, les bases d’une transition vers une appropriation locale et durable du dispositif.

« L’éducation n’est pas une faveur, c’est un droit »

Portant la voix de la présidente de l’Observatoire de l’Éducation, Cossi Kakpo a d’emblée recadré le débat sur le terrain des principes. Pour lui, ce forum est bien plus qu’une rencontre technique : c’est une plateforme de mobilisation et de responsabilité partagée. Depuis sa création en 2013, l’Observatoire s’est donné pour mission de porter la voix des communautés, des parents et des enseignants.

Son message aux décideurs a été sans détour : la durabilité ne s’improvise pas à la dernière minute. Pour Kakpo, l’éducation n’est pas une faveur mais un droit fondamental, et les mécanismes de suivi et de dialogue politique ne doivent donc pas s’éteindre avec les financements extérieurs. Ils doivent au contraire être portés, renforcés et institutionnalisés par les acteurs locaux eux-mêmes.

Désamorcer la suspicion, convaincre les mairies de payer

Ce plaidoyer trouve un écho dans le discours de Bètchiwé N’Tcha, qui représentait les préfets de l’Atacora et de la Donga. Conscient des réticences que peut susciter le contrôle citoyen, il a tenu à rassurer l’assistance : ce dispositif de veille n’est pas un outil de suspicion, mais un espace de rencontre, de partenariat et d’échange. Il y voit un véritable système d’alerte précoce, capable de signaler une contre-performance avant qu’elle ne s’aggrave.

N’Tcha s’est montré concret dans ses recommandations aux maires : explorer l’inscription d’une ligne budgétaire dédiée à la veille citoyenne, que ce soit sur ressources propres ou via le FADeC. Pour lui, intégrer les données de terrain produites par les citoyens dans les plans de développement communaux constitue une opportunité stratégique pour l’administration locale – un point qui reste toutefois à concrétiser, dans un contexte de budgets communaux généralement serrés.

Un réseau passé de 17 à 77 observatoires

Sylvain Aloubani, représentant le coordonnateur national de DEDRAS-ONG, a rappelé le chemin parcouru depuis 2022 : le nombre d’Observatoires Communaux de l’Éducation est passé de 17 à 77, signe d’un ancrage désormais national du dispositif. Il a salué l’engagement, souvent bénévole, des membres de l’Observatoire, qui ont permis de documenter des réalités de terrain parfois invisibles aux statistiques officielles. L’enjeu du forum était précisément de préparer la passation, en identifiant les relais financiers et institutionnels susceptibles de reprendre le flambeau, pour que ce capital humain ne se dissipe pas une fois le projet achevé.

Sur le terrain, des statistiques qui deviennent des trajectoires de vie

Dans l’Atacora, le président de l’Observatoire départemental de l’Éducation (ODE), Dipatri N’Dah, souligne un contraste frappant. Le taux brut de scolarisation atteint 113,86 %, un chiffre supérieur à 100 % parce qu’il comptabilise aussi les enfants scolarisés hors de leur tranche d’âge officielle, redoublants compris. Mais derrière ce dynamisme apparent, le système reste fragile : le taux d’abandon scolaire s’élève à 15,54 %, touchant en priorité les filles et les enfants vulnérables.

C’est précisément là que la veille citoyenne transforme des statistiques en victoires concrètes. À Tanguiéta, le plaidoyer de l’Observatoire communal a permis d’engager la régularisation de 347 enfants privés d’acte de naissance, leur rendant leur identité administrative et le droit de composer aux examens. À Boukoumbé, une mobilisation communautaire intense pour le renforcement scolaire a fait bondir le taux de réussite au CEP de 58 % en 2022 à plus de 93 % en 2026.

Du côté de la Donga, où l’abandon scolaire touche près de 13 % des élèves, le président de l’Observatoire, Jean Zato, met en avant des solutions très concrètes : la remise en service de 39 forages en panne dans les écoles à cantine a permis de garantir l’accès à l’eau potable sur plus de 85 % des sites identifiés. À Copargo, cette dynamique s’est traduite par la distribution de plus de 1 300 kits scolaires aux familles les plus démunies.

Ces résultats, nés d’une synergie entre mairies, ONG et communautés, illustrent ce que les discours institutionnels résument en une phrase : sans suivi indépendant des besoins réels, ces avancées n’auraient probablement pas vu le jour.

Les maires prennent l’engagement de la relève

Ces résultats ont trouvé un écho favorable auprès des maires présents. Plusieurs ont pris la parole pour reconnaître l’utilité du travail des observatoires sur leur territoire et pour s’engager à en soutenir la poursuite, en explorant les pistes évoquées par Bètchiwé N’Tcha : ligne budgétaire communale, ressources du FADeC, ou encore une place réservée à l’Observatoire dans les cadres de concertation existants.

C’est le maire de Kèrou, Wari Brisso, qui a porté la voix de l’ensemble de ses homologues de l’Atacora et de la Donga pour clore la journée. Il a salué l’effort du consortium DEDRAS-ONG et Social Watch Bénin, estimant que les échanges avaient permis aux maires de mieux mesurer tout ce que l’Observatoire avait apporté à leurs administrés. Il n’a toutefois pas éludé la question de fond : les partenaires techniques et financiers partiront un jour, comme tout projet à durée déterminée, alors que le besoin, lui, restera entier tant que des enfants continueront d’aller à l’école.

Pour Wari Brisso, c’est désormais aux maires, en tant que décideurs locaux, de porter cette vision. « Ce sont des hommes de bonne facture qui conçoivent et qui conduisent le développement, et pour avoir ces hommes, il faut forcément passer par l’éducation », a-t-il rappelé, avant d’assurer que les engagements des maires se traduiraient bientôt en actes concrètes. « Vous pouvez compter sur la volonté des maires à poursuivre ces actions », a-t-il conclu.

Ce qu’il reste à faire avant le 31 décembre

Reste maintenant à transformer ces déclarations d’intention en décisions budgétaires. D’ici la clôture officielle du projet PRO-RePEM, les 77 Observatoires Communaux de l’Éducation devront savoir concrètement sur quelles ressources ils pourront compter en 2027 : lignes budgétaires communales, financements FADeC, ou autres relais restant à identifier. C’est de cette transition, plus que des discours de clôture, que dépendra la survie du dispositif.