Au Bénin, les Observatoires de l’Éducation veulent survivre aux projets : les collectivités appelées à prendre le relais.
Autorités préfectorales, maires, responsables éducatifs, organisations de la société civile et partenaires se sont retrouvés autour d’un même enjeu à Bohicon : garantir la pérennité de l’Observatoire de l’Éducation et de ses démembrements après la fin du projet PRO-RePEM. Au-delà du bilan, le forum de la zone Centre a surtout cherché à transformer les acquis en engagements durables, notamment à travers leur intégration dans les budgets locaux.
L’enjeu dépasse la simple clôture d’un projet. Dans quelques mois, l’appui du projet de Renforcement des OSC pour la Redevabilité des Politiques Éducatives et leur Mise en œuvre (PRO-RePEM) prendra fin. Mais sur le terrain, les problèmes auxquels répond l’Observatoire de l’Éducation, eux, ne disparaîtront pas avec le calendrier du projet. C’est tout le sens du forum des partenaires de l’Observatoire de l’Éducation et de ses démembrements, organisé dans la zone Centre. La rencontre a réuni des autorités préfectorales, des maires, des représentants de la société civile et des partenaires autour d’une question devenue urgente : comment faire vivre l’Observatoire au-delà de 2026 ?
Depuis mai 2022, le Consortium DEDRAS-ONG et Social Watch Bénin accompagne l’Observatoire de l’Éducation dans le cadre de PRO-RePEM, avec un financement du Partenariat mondial pour l’éducation à travers le Fonds Éducation à voix haute (Education Out Loud). Le projet vise notamment à renforcer la participation de la société civile à la transparence et à la redevabilité des politiques éducatives. Mais au fil des années, l’Observatoire n’est plus seulement présenté comme un mécanisme de veille citoyenne. Il s’est progressivement installé dans le paysage éducatif local comme un espace capable de documenter les difficultés, de produire des données et de mettre autour de la même table les acteurs chargés d’y apporter des réponses.
De 17 observatoires communaux à un dispositif présent dans les 77 communes
Dans son intervention, Alphonse Kinkponhoué, président du Conseil d’administration de DEDRAS-ONG, a insisté sur l’ampleur du chemin parcouru. « L’Observatoire de l’Éducation (OE) existe aujourd’hui dans les 77 communes du Bénin », a-t-il rappelé, avant de poser la véritable question : comment faire pour que ce dispositif continue d’exister après la fin du projet ?
Selon lui, le passage à l’échelle constitue l’un des résultats majeurs de l’accompagnement engagé depuis 2022. D’un dispositif qui comptait initialement 17 observatoires communaux, le réseau s’est étendu à l’ensemble des 77 communes du pays. Douze observatoires départementaux complètent aujourd’hui cette architecture.
Des histoires de succès comme preuves d’efficacité
Lors de ce forum, les présidents des observatoires départementaux de l’éducation (ODE) ont présenté des success stories concrètes démontrant l’impact de la veille citoyenne sur le terrain. Dans le département du Zou, l’observatoire communal de l’éducation OCE de Za-Kpota a obtenu l’inscription budgétaire pour la clôture des écoles situées le long des voies majeures après un accident tragique. À Bohicon, le plaidoyer a mené à la construction de foyers améliorés dans 30 écoles à cantine, économisant 60 % d’énergie et protégeant la santé des cuisinières. À Covè, une pénurie de manuels scolaires datant de 15 ans a été résolue par la distribution de 7 000 ouvrages.
Le département des Collines a brillé par sa réactivité : à Ouèssè, l’OCE a mobilisé les bonnes volontés pour réhabiliter en un temps record un bâtiment endommagé par une tornade, sauvant ainsi le centre d’examen du BEPC. À Bantè, l’action citoyenne a permis l’acquisition de 900 tables-bancs et l’intégration des dimensions de genre et d’inclusion dans les documents de planification communale pour 2026. Dans le Plateau, l’ODE a réussi à faire proscrire totalement les « faux frais » non réglementaires dans les collèges, protégeant ainsi les familles défavorisées et augmentant le taux d’inscription des filles.
L’Observatoire, une vigie au service des communes
Pour les élus locaux présents au forum, l’intérêt des observatoires apparaît particulièrement dans leur capacité à fournir des informations précises sur les réalités scolaires. Le maire de Savalou, Dr François Houèdo Védonou, considère ainsi l’Observatoire comme un véritable outil d’aide à la décision pour les communes. Selon lui, les maires disposent de plusieurs relais administratifs sur le territoire, mais ceux-ci n’ont pas nécessairement pour mission de suivre spécifiquement les questions éducatives. L’Observatoire vient donc combler cet espace en apportant des informations ciblées sur les difficultés rencontrées dans les écoles.
« L’Observatoire est un instrument conseil en matière d’éducation auprès du maire », a-t-il expliqué. Cette proximité avec le terrain peut faire la différence lorsqu’un problème exige une réponse rapide. Le maire reconnaît que certaines solutions nécessitent des procédures administratives et des dépenses publiques qui peuvent prendre du temps. Dans certaines situations, cependant, des réponses locales peuvent être trouvées plus rapidement grâce à la mobilisation des acteurs et à la collaboration entre la mairie et l’Observatoire.
Après les projets, le défi du financement
C’est probablement l’une des questions les plus sensibles soulevées au cours du forum : qui financera le fonctionnement de la veille citoyenne lorsque l’appui du projet prendra fin ?. Le PRO-RePEM doit entrer dans sa phase de clôture le 31 décembre 2026. Le processus engagé vise donc à anticiper le retrait du consortium et à garantir la continuité des actions. La présidente de l’Observatoire de l’Éducation, Claudine Lawson Daïzo, a appelé les différents acteurs à ne pas laisser les acquis s’éteindre avec le projet. Pour elle, l’Observatoire constitue aujourd’hui un mécanisme de veille citoyenne qui permet de mobiliser les acteurs locaux et nationaux autour des questions éducatives.
Laurent Zomaï, Préfet du Zou au nom des Préfets des Collines, du Couffo et du Plateau, a invité les collectivités « à prendre le relais et à prévoir, dans leurs prochains budgets, les ressources nécessaires à l’accompagnement des mécanismes de veille citoyenne ». L’objectif est de ne pas laisser la dynamique créée par le projet dépendre exclusivement des financements extérieurs. Le préfet s’est également engagé à suivre les recommandations issues du forum et à veiller à ce que la feuille de route de transition institutionnelle et financière élaborée à cette occasion fasse l’objet d’un suivi au niveau départemental.




