Éducation : à Cotonou, la société civile veut ancrer durablement la veille citoyenne dans les communes
Après Parakou, Natitingou et Bohicon, c’est au tour de la zone Sud d’accueillir, le 13 août 2026 à Cotonou, le forum des partenaires de l’Observatoire de l’Éducation. Autorités locales, services déconcentrés de l’État, ONG et partenaires techniques et financiers s’y sont retrouvés pour une même préoccupation : que faire de l’Observatoire de l’Éducation et de ses démembrements quand le projet qui les a portés jusqu’ici arrivera à son terme le 31décembre 2026 ?
L’éducation, pilier du développement, est l’affaire de tous. Au Bénin, les organisations de la société civile s’investissent depuis plusieurs années pour renforcer le suivi des politiques éducatives. DEDRAS ONG et Social Watch Bénin accompagnent notamment l’Observatoire de l’Éducation à travers la veille citoyenne et le plaidoyer, dans le cadre du Projet de renforcement des OSC pour la redevabilité des politiques éducatives et leur mise en œuvre (PRO-RePEM), soutenu par le Partenariat mondial pour l’éducation via le fonds Education Out Loud.
À quelques mois de la fin de ce projet, les acteurs qui se sont réunis à Cotonou pour les départements de l’Atlantique, du Littoral, du Mono et de l’Ouémé ont dressé un bilan sans détour, entre acquis à préserver et défis actuels.
Des résultats tangibles sur le terrain
Pour Rigobert Orou Ganni, président de Social Watch Bénin, les OCE font un travail non moins négligeable qu’il faut apprécier à sa juste valeur. « Il y a par exemple des localités où les enfants n’avaient pas de manuels, le plaidoyer est fait et les écoliers ont été dotés de manuels. Dans plusieurs communes du Bénin où, suite à une intempérie, les enfants étaient sans abri, le plaidoyer a permis de vite réaliser pour vraiment sauver la vie des enfants à l’école », a-t-il témoigné.
Un constat que partage Alphonse Kinkponwé Agossa, président du conseil d’administration de DEDRAS ONG, qui rappelle le chemin parcouru : « On a capacité beaucoup d’observatoires à tous les niveaux. Nous avons hérité de 17 observatoires au niveau des communes. Avec ce projet, nous sommes arrivés à couvrir tout le territoire. Les 77 communes ont des structures de plaidoyer, d’accompagnement de nos autorités. »
Ces résultats, les deux responsables le reconnaissent, n’auraient pas été possibles sans l’appui des autorités communales et départementales. Porte-parole des préfets des départements de la zone Sud, Gilbert Déou Malè a tenu à rappeler la responsabilité qui incombe désormais aux collectivités locales : « Il appartient à chacun de, dans son domaine de compétence, de prendre le relais afin que l’Observatoire de l’éducation continue, bien après la fin du projet, à jouer pleinement son rôle auprès et au service de nos enfants. »
L’après-projet, une équation à résoudre ensemble
Car c’est bien là tout l’enjeu de ce forum : le projet touche à sa fin, et il faut désormais consolider et pérenniser les acquis. « Qu’est-ce que nous voulons de ces autorités communales ? Désormais, inscrire l’action des OCE dans le plan de travail annuel », a lancé Rigobert Orou Ganni.
Même appel du côté de DEDRAS ONG. « À l’endroit des autorités, je voulais les exhorter à nous aider à sauvegarder les acquis et que nous puissions collaborer, que nous soyons intégrés dans les instances de prise de décisions », a plaidé Alphonse Kinkponwé Agossa.
John Hounsa, maire de la commune de Lokossa, a pour sa part salué un partenariat qu’il entend voir se poursuivre bien au-delà du calendrier du projet : « Les OCE sur le terrain nous accompagnent beaucoup à travers leurs activités et leurs actions. Vu que ce projet vient à terme le 31 décembre 2026, mon plaidoyer, c’est que ces OCE continuent leurs actions. » Il est allé plus loin, en prenant un engagement personnel : « qu’on arrive à trouver une possibilité d’ouverture de ligne budgétaire, afin d’accompagner ces OCE sur le terrain. »
Des freins encore réels, mais des pistes concrètes
Au-delà des discours d’ouverture, la journée a surtout été celle des travaux de groupes, où chaque catégorie d’acteurs a pu confronter ses expériences. Les représentants des observatoires communaux et départementaux ont salué la mise en place d’infrastructures scolaires rendue possible par la collaboration entre OCE/ODE et autorités locales, tout en pointant des obstacles persistants notamment : l’insécurité foncière qui fragilise certains projets d’infrastructures scolaires. Parmi les pistes retenues figurent l’élaboration d’une cartographie des besoins en mobilier et en salles de classe assortie d’un plan triennal, ainsi qu’un accompagnement plus soutenu du budget de l’État à travers le transfert de compétences vers les communes.
Du côté des organisations non gouvernementales locales, le message a été tout aussi clair : les OCE constituent une véritable valeur ajoutée pour l’accès à l’information et la production de données fiables, qui nourrissent aussi bien la collecte de données que les actions de plaidoyer. Aussi, ont-ils plaidé pour des positions communes, portées par un consortium d’organisations et appuyées sur des données de terrain, jugées plus efficaces auprès des décideurs et des bailleurs.
Les partenaires techniques et financiers présents parmi lesquels DIRECT-AID, WeWorld, Plan International Bénin, Handicap International et l’Agence française de développement (AFD) ont, quant à eux, passé en revue les opportunités de financement mobilisables au profit de l’Observatoire et de ses démembrements, qu’il s’agisse d’appuis directs, d’accompagnement technique ou de projets déjà en cours dans les domaines de l’éducation, de la protection de l’enfance ou de l’accès à l’eau. Une synergie renforcée avec l’AFD, chef de file du groupe thématique éducation, a été identifiée comme un levier à activer sans tarder.
Une dynamique à inscrire dans la durée
En clôture des travaux, un fil conducteur s’est dégagé : inscrire durablement les ressources destinées à la veille citoyenne dans les outils de planification locale, plans de développement communaux, plans de travail annuels, budgets et amener les organes politiques communaux à valider ces lignes budgétaires. Autant d’engagements que la CBO-EPT, DEDRAS ONG et Social Watch Bénin comptent transformer, dans les prochaines semaines, en protocoles d’accord concrets avec les collectivités et leurs partenaires.
Une dynamique que ces organisations veulent, plus que jamais, inscrire dans la durée bien après la fin annoncée du projet, en décembre 2026.




